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Marché de Noël de Strasbourg : le Christkindelsmärik place par place

Fin novembre au 24 décembre, 11 h 30 à 21 h, entrée libre. Huit marchés, un sapin de 30 m, des ponts contrôlés : ce qu'on trouve sur chaque place et comment entrer sans voiture.

Publié le 10 min de lecture

Chalets en bois du marché de Noël sous les guirlandes, place Broglie à Strasbourg, à la tombée de la nuit

Le marché de Noël de Strasbourg vaut le déplacement un mardi matin de la première quinzaine de décembre, et il se gâche un samedi après quinze heures. Le Christkindelsmärik, son nom en alsacien, est le plus ancien marché de Noël de France : il se tient depuis 1570, sur la place Broglie depuis 1871, et il a essaimé en huit marchés sur les places de la Grande Île, autour de 300 chalets. L’entrée est libre. Il ouvre dans la dernière semaine de novembre et ferme le 24 décembre à 18 h ; le 25, il ne reste plus un chalet ouvert.

1570l'année où le marché de la Saint-Nicolas devient celui du Christkindel

300 chaletssur huit places de la Grande Île

11 h 30 à 21 htous les jours, 18 h le 24 décembre

0 €l'entrée ; le gobelet du vin chaud est consigné 1 €

D’où vient le nom, et pourquoi 1570

Jusqu’au milieu du XVIe siècle, Strasbourg tenait un Klausenmärik, un marché de la Saint-Nicolas, dans les jours qui précédaient le 6 décembre. La ville est passée à la Réforme, et le pasteur Johannes Flinner obtient du Conseil des XXI qu’on cesse d’honorer un saint : en 1570, le marché change de nom et de date. Il devient le marché de l’Enfant Jésus, Christkindel en alsacien, et les cadeaux glissent du 6 au 24 décembre. Le même mouvement a donné à l’Alsace ses trois figures de Noël, saint Nicolas, Hans Trapp et le Christkindel.

Le marché a tourné dans la ville. Place de la Cathédrale d’abord, place d’Armes (la place Kléber d’aujourd’hui) de 1830 à 1870, puis place Broglie à partir de 1871, où il est resté. La formule « Strasbourg, capitale de Noël » date de 1992 : la ville se l’est donné elle-même, personne ne le lui a décerné. Il a fait son travail. La fréquentation dépasse 3 millions de visiteurs par saison, avec un record à 3,4 millions pour l’édition 2024, chiffre de la préfecture du Bas-Rhin.

Quand il ouvre, à quelle heure, et ce que coûte un verre

L’ouverture tombe dans la dernière semaine de novembre, un mercredi ou un vendredi selon l’année. Ce jour-là, les chalets n’ouvrent qu’à 14 h, après l’illumination du grand sapin de la place Kléber. Ensuite, tous les jours, de 11 h 30 à 21 h, dimanche compris. Le 24 décembre, tout ferme à 18 h. Le 25 et le 26, plus rien : les chalets se démontent dans les jours qui suivent, et qui arrive entre Noël et le Nouvel An trouve les illuminations, le sapin, les vitrines, mais aucun marché. Les guirlandes restent allumées jusqu’à la première semaine de janvier. Le calendrier des autres marchés de la région tient sur sa propre page, quand commencent et ferment les marchés de Noël en Alsace : Colmar, lui, reste ouvert après le 25.

Le vin chaud se vend 4 à 5 € le verre, servi dans un gobelet consigné 1 €, que l’on rend ou que l’on garde. Il se fait souvent au vin blanc d’Alsace, ce qui étonne qui vient de Lyon ou de Lille ; le jus de pomme chaud, sans alcool, coûte à peu près le même prix. Un sachet de bredele va de 5 à 8 €, une assiette mangée debout à un chalet de 10 à 18 €. Un point d’information place Kléber prête des fauteuils roulants et des déambulateurs sans frais, et des toilettes publiques gratuites sont réparties dans le centre.

Les huit marchés, place par place

Le nom de Christkindelsmärik désigne, au sens strict, le marché de la place Broglie. C’est le plus grand des huit, celui des décorations de sapin, des couronnes de l’Avent et des artisans alsaciens ; c’est là qu’on cherche une boule soufflée de Meisenthal ou un jouet en bois. Place Kléber, le grand sapin est coupé chaque automne dans une forêt des Vosges ou de Moselle, dressé fin octobre, et il mesure autour de 30 m. À son pied, le Village du Partage fait tourner 110 associations dans ses chalets, et le bâtiment de l’Aubette accueille un Noël des brocanteurs et un salon des métiers d’art. Autour de la cathédrale, les chalets s’étirent de la place de la Cathédrale à la place du Château, rue des Hallebardes et rue Gutenberg : cierges, pain d’épices, cuir, tissus. C’est le marché le plus photographié et le plus serré, et la montée à la plateforme de la cathédrale, 332 marches pour 66 m, donne la seule vue d’ensemble sur les toits des chalets.

MarchéOùCe qu’on y trouve
Christkindelsmärikplace Brogliedécorations, couronnes, jouets en bois, artisans alsaciens ; le plus grand
Au pied du Grand Sapinplace Kléberle sapin de 30 m, le Village du Partage (110 associations), brocanteurs et métiers d’art à l’Aubette
Autour de la Cathédraleplaces de la Cathédrale et du Château, rues des Hallebardes et Gutenbergcierges, pain d’épices, cuir, tissus ; le plus dense
Quai des Délicesterrasse Rohan, place du Marché-aux-Poissonsboulangers, vignerons, vin chaud au blanc ; tout se mange
Irréductibles Petits Producteurs d’Alsacesquare Louise Weissconfitures, chocolat, bredele, vins en biodynamie ; 100 % alsacien
Marché OFFplace Grimmeissenconteneurs et dômes, seconde main, créateurs, économie solidaire
La Petite Franceplaces Benjamin Zix et Saint-Thomasdécorations, produits locaux ; le plus calme
Carré d’Orplace du Temple Neufsucreries, chocolats, bougies ; le plus petit

Le Quai des Délices, sur la terrasse du palais Rohan et la place du Marché-aux-Poissons, est le seul marché entièrement alimentaire : un fournil éphémère des boulangers du Bas-Rhin, des vignerons, le vin chaud au blanc. De là, une promenade de quelque 400 étoiles suspendues court du pont du Corbeau au pont Saint-Guillaume. Square Louise Weiss, les Irréductibles Petits Producteurs d’Alsace ne vendent que de l’alsacien : confitures, jus de pomme chaud, chocolat, bredele, vins en biodynamie. Place Grimmeissen, le marché OFF, né en 2015, remplace les chalets par des conteneurs et des dômes géodésiques ; on y trouve de la seconde main, des créateurs, les acteurs de l’économie sociale et solidaire, un espace pour changer un bébé et une zone de repos sensoriel. La Petite France, sur les places Benjamin Zix et Saint-Thomas, et le Carré d’Or, place du Temple Neuf, sont les deux petits marchés où l’on respire encore le samedi.

Comment on entre dans la Grande Île

Depuis l’attentat du 11 décembre 2018, qui a fait cinq morts rue des Orfèvres, la Grande Île est fermée aux voitures pendant les heures du marché, de 11 h 30 à 21 h, sauf autorisation. On y entre à pied par les ponts, où des agents contrôlent les sacs volumineux et fouillent au hasard ; la préfecture ferme un pont quand l’île est pleine, le temps que la foule s’écoule. Un samedi de décembre, l’attente au pont dure dix à quinze minutes. Un millier de personnes, police, gendarmerie, agents privés et municipaux, sont mobilisées chaque jour.

Le tram entre sur l’île, mais trois stations ferment aux heures du marché : Broglie sur les lignes B, C et F, Alt Winmärik sur B et F, Langstross Grand’Rue sur A et D. On descend à Homme de Fer, où passent toutes les lignes, ou à République, Porte de l’Hôpital et Faubourg National, à cinq minutes à pied. Le ticket vaut 1,90 €. Depuis la gare, la place Kléber est à dix minutes à pied par la Grand’Rue, sans tram.

En voiture, la réponse est le parking-relais : 4,20 € la journée, et ce prix comprend l’aller-retour en tram pour tous les occupants, jusqu’à sept. Baggersee au sud, sur la ligne A, et Poteries à l’ouest, sur la D, se rejoignent depuis l’autoroute sans traverser la ville. Les parkings du centre se remplissent avant midi le week-end et coûtent plusieurs fois ce prix. Le vélo est toléré au pas sur l’île, autant dire qu’on le laisse aux arceaux avant les ponts. Les chiens sont admis en laisse, sauf dans les chalets qui vendent à manger ; la ville conseille les matinées de semaine, et elle a raison. Le détail des règles est sur la foire aux questions du site officiel du marché.


Ce qu’on lui reproche, et ce qui reste vrai

Le reproche premier est la foule. À 3,4 millions de visiteurs sur quatre semaines, un samedi après-midi place de la Cathédrale ne permet ni d’approcher un chalet ni de faire demi-tour, et les habitants du centre le disent chaque année aux journaux : on ne voit rien et on ne se gare plus. Les commerçants répondent que décembre pèse près de 40 % de leur chiffre annuel, ce que la présidente des Vitrines de Strasbourg a rappelé au moment de l’édition 2025. Les deux ont raison.

Le second reproche vise ce qu’on vend. Une partie des chalets, place Broglie comme autour de la cathédrale, écoule de la maroquinerie, des bonnets et des décorations qui n’ont rien d’alsacien ni de Noël, et le vin chaud à 5 € est, selon les jours et les chalets, correct ou imbuvable. Le tri se fait par le marché : le Quai des Délices, le square Louise Weiss et le marché OFF ne prennent que des producteurs et des créateurs locaux, et c’est là qu’un achat a du sens. Ailleurs, on regarde qui tient le chalet avant de sortir sa carte.

Le troisième reproche, le prix des lits, ne se discute pas : une nuit à Strasbourg en décembre coûte le double d’une nuit d’octobre, et la semaine coûte moitié moins que le week-end. La page dormir à Strasbourg pendant le marché de Noël dit quand réserver, et celle des villages autour de Strasbourg où dormir à vingt minutes de tram pour la moitié du prix.

Strasbourg, ou un autre marché d’Alsace

Strasbourg est le plus grand et le plus fréquenté. Il ne convient pas à tout le monde. Colmar tient six marchés dans un centre plus petit, du dernier week-end de novembre jusqu’au 29 ou 30 décembre, et c’est le seul des grands à ouvrir entre Noël et le Nouvel An ; il est presque aussi plein. Kaysersberg ne tient son marché que les week-ends de l’Avent, du vendredi au dimanche, avec des artisans sélectionnés et un village qui se vide le lundi. Ribeauvillé joue le marché médiéval sur deux week-ends, en costumes, avec sanglier à la broche. Le tour complet, avec les marchés de ferme et ceux de villages, est sur la page des marchés de Noël d’Alsace.

StrasbourgColmarKaysersbergRibeauvillé
Périodedernière semaine de novembre au 24 décembrefin novembre au 29 ou 30 décembreles week-ends de l’Aventdeux week-ends de décembre
Jourstous les jourstous les joursvendredi à dimanchesamedi et dimanche
Ce qui le distinguele plus ancien et le plus grand, 300 chaletssix marchés, ouvert entre Noël et le Nouvel Anartisans choisis, village de vigneronscostumes médiévaux, sanglier à la broche
Foulemaximale le week-endfortemodérée ; fermé en semaineforte sur deux jours

Pour une première fois, Strasbourg reste le bon choix, à deux conditions : venir un jour de semaine, et arriver à l’ouverture des chalets, à 11 h 30, quand les ponts se passent sans attendre et que le vin chaud n’a pas encore réchauffé. Qui a déjà fait Strasbourg et veut un marché où l’on parle au vendeur ira à Kaysersberg un vendredi.

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