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Châteaux d'Alsace : les 5 qui se paient, les ruines où monter

Un peu plus de 500 châteaux recensés, 150 encore debout, cinq avec un billet. Territoire par territoire, ce qui se visite, ce que ça coûte en 2026, la marche depuis le parking, ce qui ferme l'hiver.

Publié le 12 min de lecture

Ruine d'un château fort en grès rose sur son éperon, au-dessus de la forêt vosgienne et de la plaine d'Alsace

Un peu plus de 500. C’est le nombre de châteaux que Nicolas Mengus et Jean-Michel Rudrauf ont recensés en Alsace dans leur inventaire de 2013, bâtis pour l’essentiel entre le XIe et le XVe siècle. Il en reste quelque 150 dont on voit encore les murs, et une petite centaine, presque toutes sur les premiers contreforts des Vosges, où l’on monte le dimanche. Cinq se visitent avec un billet ; les autres sont des ruines en accès libre, consolidées par des associations, qui se gagnent à pied.

500châteaux recensés, du XIe au XVe siècle

150dont il reste des murs à voir

5se visitent avec un billet

450 kmde chemin balisé, de Wissembourg à Thann

Ce qu’on appelle château en Alsace, et ce qui n’en est pas

Le mot recouvre trois choses qui ne se visitent pas de la même façon. Le château fort de montagne, d’abord : une forteresse de grès rose posée sur un éperon entre 300 et 750 m d’altitude, élevée du XIIe au XIVe siècle par les Hohenstaufen, les Habsbourg, l’évêque de Strasbourg ou une famille de chevaliers. C’est lui qu’on vient voir. Cette page ne parle que de lui. Le château de plaine ensuite, fossé et tour dans un village du Ried ou du Kochersberg : les deux tiers de l’inventaire à l’origine, presque tous disparus ou réduits à un donjon dans une cour de ferme. Le palais enfin, que l’Alsace appelle aussi château : celui des Rohan à Saverne et son jumeau de Strasbourg datent du XVIIIe siècle, se visitent comme des musées, et n’ont ni chemin de ronde ni citerne taillée dans le roc.

Les forteresses sont tombées en deux temps. Les armées suédoises et impériales de la guerre de Trente Ans les ont incendiées l’une après l’autre, Kaysersberg en 1632, le Haut-Koenigsbourg en 1633 ; puis Louis XIV a fait démanteler ce qui tenait encore, à partir de 1673, une fois la frontière portée sur le Rhin. Trois places seulement ont été gardées en service comme garnisons : Lichtenberg, La Petite-Pierre et le Landskron. Le reste s’est effondré lentement, jusqu’à ce que le XIXe siècle s’en éprenne et que Guillaume II fasse rebâtir le Haut-Koenigsbourg de la cave au toit, entre 1900 et 1908.

Aujourd’hui les ruines appartiennent à l’État, aux départements, aux communes ou à des particuliers, et ce sont des associations de bénévoles qui les dégagent, souvent une par château. Voilà pourquoi tel château se visite sans billet ni horaire, tel autre paie une entrée et ferme le lundi, et tel autre encore, comme les deux châteaux d’Ottrott, reste clos parce qu’il est privé.

Les cinq châteaux qui se visitent avec un billet

ChâteauCommuneEntrée adulte 2026Saison 2026Jours fermés
Haut-KoenigsbourgOrschwiller12 €toute l’année1er janvier, 25 et 26 décembre
FleckensteinLembach6 € (11 € avec le Château des Défis)fin février au 1er novembre, puis du 26 décembre au 3 janvierdu 2 novembre au 25 décembre
HohlandsbourgWintzenheim7 € (10 € les jours d’animation)4 avril au 1er novembrele lundi
LichtenbergLichtenberg9 €3 avril au 1er novembrele lundi, sauf juillet-août
Kintzheim (Volerie des Aigles)Kintzheim12 €25 mars au 11 novembreselon le calendrier des spectacles

Le Haut-Koenigsbourg, à Orschwiller, est le seul ouvert toute l’année, sauf le 1er janvier et les 25 et 26 décembre : 12 € l’entrée adulte en 2026, 8 € de 6 à 17 ans, 30 € pour une famille de quatre. C’est le seul château entièrement reconstruit. C’est aussi le seul qu’on rejoint en bus : la ligne 500 part de la gare de Sélestat de fin février à décembre, 3 € l’aller, et le billet du château tombe alors à 6 € sur présentation du ticket.

Le Fleckenstein, à Lembach, dans les Vosges du Nord, est creusé dans son rocher : escaliers taillés, salles troglodytiques, puits. La visite libre coûte 6 € en 2026, 4 € de 4 à 17 ans. Le Château des Défis, un parcours d’énigmes d’environ trois heures entre la forêt et la forteresse, se paie 11 € par adulte et 37 € pour deux adultes et deux enfants. Le site ferme du 2 novembre au 25 décembre. Il rouvre entre Noël et le 3 janvier, de midi à 16 h, sauf neige ou verglas.

Le Hohlandsbourg, à Wintzenheim au-dessus de Colmar, est la plus vaste forteresse du Haut-Rhin, restaurée avec son chemin de ronde complet à 644 m d’altitude. Ouvert du 4 avril au 1er novembre 2026, fermé le lundi, 7 € par adulte un jour ordinaire et 10 € un jour d’animation, 20 € la famille. Le parking le plus proche est à 300 m en montée, sur route goudronnée.

Le Lichtenberg, dans le village du même nom, a été bastionné en 1570 par l’architecte Daniel Specklin, tenu par une garnison française jusqu’au bombardement du 9 août 1870, puis relevé en verre, cuivre et bois dans les années 1990. Ouvert du 3 avril au 1er novembre 2026, fermé le lundi hors juillet-août, 9 € par adulte, 7 € en tarif réduit, 28 € pour deux adultes et deux enfants. Dix minutes à pied depuis le parking de la place de l’église.

Au château de Kintzheim, sur la commune voisine du Haut-Koenigsbourg, on paie pour les oiseaux : sa cour abrite la Volerie des Aigles, et le billet est celui du spectacle de rapaces, 12 € par adulte et 8 € de 5 à 14 ans en 2026, du 25 mars au 11 novembre. On ne voit le donjon qu’en entrant pour les oiseaux. Le Pass’Alsace couvre les quatre premiers châteaux : 50 € pour trois jours en 2026, amorti dès qu’on enchaîne le Haut-Koenigsbourg, un second château et un musée.

Les Vosges du Nord : la forêt aux ruines de grès

De Wissembourg à Saverne, le parc naturel régional des Vosges du Nord compte à lui seul une trentaine de châteaux. Ils se ressemblent tous. Un rocher de grès long et étroit, des salles creusées dedans, une tour posée dessus. Autour du Fleckenstein, le circuit des quatre châteaux, 8 km et 350 m de dénivelé depuis le parking de la ferme-auberge du Gimbelhof, enchaîne en trois heures et quart le Loewenstein, le Hohenbourg et le Wegelnburg, ce dernier sur le sol allemand. C’est la sortie la plus dense de toute l’Alsace en châteaux au kilomètre.

Plus au sud, à Windstein, le Vieux-Windstein, semi-troglodytique, ruiné une première fois en 1332 et pour de bon en 1676, et le Nouveau-Windstein, bâti juste après 1332, se visitent dans la même montée de 15 à 20 minutes depuis le parking communal, par le rectangle rouge du GR53. Le Schoeneck, à Dambach, et le Wasenbourg, au-dessus de Niederbronn-les-Bains, sont libres d’accès et se rejoignent à pied seulement. La Petite-Pierre, enfin, se visite comme un village : la citadelle est habitée, le château abrite la Maison du Parc, et l’ensemble doit son état à Louis XIV, qui l’a fortifié au lieu de le raser.

Du Haut-Barr à Sélestat : le piémont bas-rhinois

C’est ici que les ruines sont les plus nombreuses, et les plus faciles d’accès. Le Haut-Barr, à Saverne, est le seul château fort d’Alsace où la voiture arrive au pied du mur : la D171 monte depuis la place des Dragons jusqu’au parking, l’entrée est libre toute l’année, et un restaurant occupe l’enceinte. Le pont du Diable, une passerelle entre deux rochers, et la chapelle romane Saint-Nicolas se voient en une demi-heure. Sur la crête voisine, le Grand-Geroldseck et le Greifenstein se rejoignent à pied en une heure de plus.

Autour de Barr et d’Andlau, le parking forestier du Hungerplatz dessert deux châteaux : le Spesbourg à vingt minutes aller-retour, et le Haut-Andlau, avec ses deux tours rondes de 25 m, à une heure aller-retour. Le Bernstein, au-dessus de Dambach-la-Ville, demande une heure de montée depuis la chapelle Saint-Sébastien ; l’Ortenbourg, au-dessus de Scherwiller, quarante minutes depuis le parking de la Hühnelmühle. Bâti entre 1260 et 1265 pour Rodolphe de Habsbourg, l’Ortenbourg garde un donjon pentagonal de 32 m, et l’on voit d’en haut le Ramstein, le petit château dressé en face pour l’assiéger. Le mont Sainte-Odile, son mur païen et les châteaux d’Ottrott en contrebas, privés et regardés depuis le sentier, se combinent en une journée.

Dans la vallée de la Bruche, le Guirbaden, à Mollkirch, est le plus étendu des châteaux d’Alsace, deux hectares d’enceinte, et l’un des plus anciens, du Xe siècle. Interdit par son propriétaire pendant des décennies, il est confié depuis 2015 à une association qui le dégage pierre par pierre ; l’accès est libre par la rue du Rocher, balisage croix jaune. Au Nideck, à Oberhaslach, les deux ruines dominent la cascade de 25 m qui a fait leur réputation. Le Haut-Koenigsbourg, à 757 m, ferme ce piémont au sud, avec Kintzheim et le Frankenbourg sur les crêtes voisines.

Le vignoble haut-rhinois : les châteaux qu’on voit depuis les vignes

Entre Sélestat et Thann, les châteaux se tiennent au-dessus des villages de la Route des Vins, à 30 ou 45 minutes du parking le plus proche. Les trois châteaux de Ribeauvillé, Saint-Ulrich, Girsberg et Haut-Ribeaupierre, se font en boucle de 2 h 30 depuis la place de la République ou le parking du Lutzelbach, par le GR5 ; le Saint-Ulrich est la ruine la plus complète du vignoble, avec sa salle des chevaliers percée de neuf fenêtres géminées. À Kaysersberg, le donjon rond se monte par 122 marches, en accès libre, à dix minutes du centre par les vignes. Les trois châteaux d’Eguisheim, Dagsbourg, Wahlenbourg et Weckmund, trois donjons carrés côte à côte sur la même crête à Husseren-les-Châteaux, se rejoignent en quelques minutes depuis la route des Cinq Châteaux, une petite route forestière de 10 km ouverte de la mi-avril à la mi-octobre, qui continue jusqu’au Hohlandsbourg.

Le Wineck, à Katzenthal, est le seul château d’Alsace planté dans les vignes. Les Amis du Wineck le relèvent depuis 1972 et ouvrent le donjon d’avril à octobre, les dimanches et jours fériés de 14 h à 18 h. Le Pflixbourg et le Hohnack, plus haut vers la vallée de Munster, sont des ruines de forêt sans aucun aménagement. Au sud, le Hugstein entre Guebwiller et Buhl, puis l’Engelbourg au-dessus de Thann ferment la série : miné sur ordre de Louis XIV entre mai et septembre 1673, le donjon de l’Engelbourg s’est brisé, et l’un de ses tronçons de 7,50 m de diamètre est retombé sur la tranche. C’est l’« Œil de la Sorcière », qu’on voit depuis toute la ville.

Le Sundgau et le Jura alsacien : trois châteaux au bout de l’Alsace

Au sud de Mulhouse, la roche change : le calcaire remplace le grès. La foule s’arrête là aussi. À Ferrette, l’ancienne capitale des comtes, deux châteaux superposés dominent le bourg ; on y monte en dix minutes par un sentier caillouteux et raide depuis le centre, en accès libre, et la vue porte jusqu’au Jura suisse. Le Landskron, à Leymen, sur la frontière, est l’une des trois forteresses conservées par Louis XIV : une association franco-suisse d’un millier de membres la consolide, l’accès est libre toute l’année, et c’est le seul château d’Alsace qu’on atteint en tramway, la ligne 10 de Bâle s’arrêtant à Leymen. Le Morimont, à Oberlarg, mentionné en 1183 et détruit pendant la guerre de Trente Ans, se rejoint en quelques minutes depuis un parking sous les murs, par la D41 vers Levoncourt ; sa cave voûtée est la plus grande d’Alsace. Le chemin des châteaux forts s’achève ici par un circuit à part, celui des trois châteaux du Jura alsacien.

En voiture, avec des enfants, en hiver : ce qui change

ChâteauDepuis le parkingAvec des enfantsEn hiver
Haut-Barr (Saverne)la voiture arrive au châteauterrain plat, restaurant sur placelibre, ouvert
Haut-Koenigsbourg10 minutes à pied300 marches, poussette interditeouvert, 9 h 30 à 17 h
Hohlandsbourg300 m de goudron en montéeanimations le week-end, tarif majoréfermé de novembre à mars
Lichtenberg10 minutes depuis l’églisevisites adaptées, 2 h sur placefermé de novembre à mars
Fleckensteinquelques centaines de mètresChâteau des Défis dès 4 ans, 3 hNoël au 3 janvier, 12 h à 16 h
Wangenbourgdans le villagedonjon de 24 m à monterlibre, donjon fermé
Spesbourg (Andlau)10 minutes depuis le Hungerplatzsans montéelibre
Morimont (Oberlarg)quelques minutessans montéelibre
Saint-Ulrich (Ribeauvillé)45 minutes de montéedès 6 ou 7 anslibre, sentier parfois gelé
Ortenbourg (Scherwiller)40 minutes depuis la Hühnelmühledès 6 ou 7 anslibre, sentier parfois gelé

Avec une voiture et sans envie de marcher, il reste quatre châteaux : le Haut-Barr, le Haut-Koenigsbourg, avec son parking de 150 places et dix minutes de marche jusqu’à la porte, le Hohlandsbourg et ses 300 m de goudron, et le Morimont. Le Lichtenberg et le Wangenbourg sont dans leur village, à dix minutes de la place ; au Wangenbourg, le donjon de 24 m se monte librement d’avril à novembre, à 480 m d’altitude, parking à l’office de tourisme. Tout le reste commence par une montée de vingt minutes à une heure sur sentier du Club Vosgien, en chaussures fermées.

Avec des enfants, les deux châteaux pensés pour eux sont le Fleckenstein, avec son Château des Défis, et le Haut-Koenigsbourg, à condition d’accepter ses 300 marches : les poussettes y sont interdites et le porte-bébé conseillé. Le Hohlandsbourg programme des animations les week-ends de saison, avec le tarif majoré ces jours-là. Parmi les ruines libres, le Spesbourg, le Morimont et le Haut-Barr sont les seuls sans vraie montée ; le Saint-Ulrich et l’Ortenbourg se font dès 6 ou 7 ans avec une pause.

En hiver, seul le Haut-Koenigsbourg reste ouvert, de 9 h 30 à 12 h et de 13 h à 17 h de novembre à mars, avec l’entrée gratuite le premier dimanche du mois sur cette période. Le Fleckenstein n’ouvre entre Noël et le 3 janvier que de midi à 16 h, et pas par temps de neige ; le Hohlandsbourg, le Lichtenberg et la Volerie ferment de novembre à fin mars ou début avril. Les ruines libres restent accessibles, mais la route des Cinq Châteaux est barrée de la mi-octobre à la mi-avril, et un escalier de grès gelé n’a plus de marches.

Par où commencer

Pour une première fois, la journée type tient sur 30 km. Le Haut-Koenigsbourg le matin, deux heures de visite, en arrivant à l’ouverture le week-end. Puis, l’après-midi, une ruine libre à moins de vingt minutes de route : l’Ortenbourg depuis Scherwiller ou le Saint-Ulrich depuis Ribeauvillé, avec la Volerie de Kintzheim en repli s’il pleut. Ceux qui veulent le contraire du Haut-Koenigsbourg, un château qu’on a presque pour soi, vont au Fleckenstein hors juillet-août ou au Landskron.

Le fil qui relie tout est le chemin des châteaux forts d’Alsace, inauguré en septembre 2016 : 450 km en 26 étapes de Wissembourg à Thann, plus de 80 châteaux, balisés par le Club Vosgien d’un petit château rouge sur 1 500 panneaux directionnels et 6 000 pictogrammes. Chaque étape fait 18 km en moyenne. Elle se marche seule ; les traces GPX se téléchargent gratuitement sur le site de l’association, qui tient aussi la carte interactive de toutes les ruines. Et le 1er mai, chaque année, l’opération Tous aux châteaux ouvre une trentaine de sites avec visites guidées, campements et démonstrations : c’est le jour où les associations montrent ce qu’elles ont dégagé pendant l’hiver.