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Le dossier · Traditions

Les traditions alsaciennes, mois par mois

Carnaval, crécelles de Pâques, messti, Pfifferdaj, Saint-Nicolas, bretzel du Nouvel An : les traditions alsaciennes qui se pratiquent encore, avec la commune et la date de chacune, et les deux jours fériés que le reste de la France n'a pas.

Publié le 12 min de lecture

Moule à lammele en terre vernissée de Soufflenheim et bretzel brioché sur une nappe en kelsch

Les traditions alsaciennes se lisent sur un calendrier, pas sur une carte. Celui qui vient voir « l’Alsace des traditions » en juin trouvera des géraniums et des vignes vertes, rien d’autre : le carnaval est passé depuis quatre mois, le messti n’a pas commencé, Saint-Nicolas est à six mois. La même région, en février, en juillet ou en décembre, ne montre pas la même chose, et le voyageur qui choisit ses dates avant ses villages voit dix fois plus.

Deux dates de ce calendrier n’existent nulle part ailleurs en France : le Vendredi saint et le 26 décembre y sont fériés et chômés, par le droit local hérité de la période allemande et maintenu par la loi du 1er juin 1924. Les commerces ferment ces deux jours-là, ce qu’un visiteur venu de Lyon ou de Nantes découvre devant une porte close. Le détail est dans les jours où l’Alsace ferme.

Ce que le mot recouvre, et ce qu’il ne recouvre pas

Une tradition alsacienne, au sens où cette page l’entend, est une pratique qui revient chaque année à date fixe et que des habitants font sans public : le mannele du 6 décembre se vend dans les boulangeries de Wissembourg à Saint-Louis que des touristes soient là ou non. Le carnaval de Mulhouse, la kilbe d’un village du Sundgau, le bretzel sucré du Nouvel An, les crécelles de la Semaine sainte appartiennent à cette famille.

Les reconstitutions en font partie, à condition de le dire. La Streisselhochzeit de Seebach rejoue une noce paysanne du XIXe siècle depuis 1982 ; la fête de la Sorcière de Rouffach existe depuis 1996 ; les marchés de Noël des villages du vignoble datent presque tous des années 1990. Ce sont des fêtes vivantes, tenues par des associations, et elles ont leur place au calendrier. Mais elles ne remontent pas à un passé lointain, et une page qui les présente comme « ancestrales » trompe son lecteur.

Ce que la page laisse de côté : les objets. La maison à colombages, la coiffe au grand nœud, la poterie de Soufflenheim, le kelsch, le dialecte sont des traditions au sens plein, mais ils n’ont pas de date. Chacun a sa page, la façade à colombages, le costume et sa coiffe, les poteries de Soufflenheim et de Betschdorf, le kelsch, le dialecte, et la cuisine a la sienne avec les spécialités alsaciennes.

L’année en un tableau

Le calendrier tient en une douzaine de rendez-vous, et la moitié d’entre eux tombent entre juillet et octobre. Les dates mobiles dépendent de Pâques (carnaval, Semaine sainte) ou de chaque commune (messti). Les autres reviennent au même week-end d’une année sur l’autre.

PériodeFêteCe qu’on voit
Février ou mars, autour du mardi grasCarnavalMulhouse, Hoerdt, Rosheimcavalcades, costumes vénitiens
Premier dimanche de CarêmeSchieweschlaweOffwillerdisques enflammés lancés à la nuit
Semaine sainte et PâquesOsterputz, crécelles, lammeletoute l’Alsace, marché à ColmarVendredi saint férié, fontaines décorées dans le vignoble
1er maiArbre de maiquelques villagesun sapin dressé sur la place
Deuxième dimanche de maiFête des aspergesHoerdtrepas, vente à la ferme
De juin à octobre, selon la communeMessti ou kilbechaque villagemanèges, bal, conscrits
Mi-juilletStreisselhochzeitSeebachnoce paysanne reconstituée
Un samedi de juilletFête de la SorcièreRouffachcampement médiéval, de 14 h à minuit
Dernier week-end de juilletFête du gewurztraminerBergheimchars, dégustations
Du dernier vendredi de juillet au lundiFête de la bièreSchiltigheimplus de vingt bières de la région
Deuxième week-end d’aoûtCorso fleuriSélestatdouze chars de dahlias, défilé illuminé
14 et 15 aoûtMariage de l’Ami FritzMarlenheimcortège en costumes
Premier week-end de septembrePfifferdajRibeauvillécortège historique, fontaine à vin
Mi-septembre, puis début octobreDescente des troupeauxMunster, Muhlbach-sur-Munstervaches vosgiennes, tourte
Fin septembreFête de la choucrouteKrautergersheimchoucroute nouvelle, cortège
Premier week-end d’octobreVendanges, fête du munsterBarr, Lapoutroiecorso, marché fromager
11 novembreSaint-Martinécoles, villagesdéfilé de lanternes à la nuit
Dernier vendredi de novembre à NoëlMarchés de NoëlStrasbourg, puis les villageschalets de 11 h à 20 h à Strasbourg
6 décembreSaint-Nicolasboulangeries, écolesmannele
Dimanche avant NoëlHans Trapp et ChristkindelWissembourgdéfilé nocturne à 17 h
26 décembreSaint-Étiennetoute l’Alsacejour férié, commerces fermés
1er janvierBretzel du Nouvel Anboulangeriesbretzel brioché offert aux filleuls

L’hiver : carnaval, cavalcades et feux de Carême

Le carnaval alsacien se joue en février, parfois en mars, toujours calé sur la date de Pâques. Le plus gros est celui de Mulhouse, cinq jours du mercredi au dimanche autour du mardi gras : la cavalcade internationale du dimanche part à 14 h 31, rassemble plus de 2 000 participants sur deux kilomètres, et l’édition de février 2026 était la 73e. À Hoerdt, au nord de Strasbourg, l’association Herrefasenacht fait défiler sa cavalcade le mardi gras lui-même, départ à 14 h 29. Rosheim tient un carnaval vénitien en costumes, sans char ni confettis, un week-end de mars.

Le dimanche qui suit le mardi gras, le premier de Carême, le village d’Offwiller, dans les Vosges du Nord, pratique le Schieweschlawe : des disques de bois chauffés au brasier sont lancés à la nuit depuis une colline, un par personne, avec un vœu. La plus ancienne mention de ce lancer date de 1090, de l’autre côté du Rhin, à Lorsch. La page les carnavals d’Alsace classe les cavalcades selon qu’on vient avec des enfants ou pour les costumes.

Le printemps : Pâques, les crécelles et le grand nettoyage

Pâques pèse plus lourd ici que dans le reste du pays, et ça commence avant la fête. L’Osterputz, le nettoyage de printemps, vide les maisons de fond en comble dans les semaines qui précèdent ; les communes en ont fait une journée de ramassage collectif dans les rues, sacs et pinces fournis. Du Jeudi saint au Samedi saint, les cloches se taisent : dans les villages catholiques, des enfants passent avec des crécelles en bois pour sonner l’angélus à leur place, à six heures du matin, à midi et le soir.

Sur la table de Pâques, le lammele, un agneau en biscuit cuit dans un moule en terre vernissée de Soufflenheim, et les œufs du lièvre. Le lièvre de Pâques est d’ailleurs une affaire alsacienne : la première description écrite d’un lièvre qui pond des œufs pour les enfants vient d’un médecin formé à Strasbourg, Georg Franck von Franckenau, à la fin du XVIIe siècle, et elle situe la coutume en Alsace et dans les régions voisines.

Dans les villages du vignoble, Eguisheim, Turckheim, Kaysersberg, Riquewihr, Obernai, les fontaines et les arbres des places se couvrent d’œufs peints et de lièvres en bois pendant trois ou quatre semaines. Colmar tient un marché de Pâques sur la place des Dominicains et celle de l’Ancienne Douane, une soixantaine d’exposants, du début à la fin d’avril. Tout cela est détaillé dans Pâques en Alsace.

Mai et juin : l’arbre, les asperges et la montée aux chaumes

Le 1er mai, certains villages dressent encore un arbre de mai, un sapin ébranché et décoré au milieu de la place, que les conscrits du village voisin tentent de voler pendant la nuit. La coutume s’est perdue dans beaucoup de communes et tient dans d’autres ; elle ne figure dans aucun agenda.

Le deuxième dimanche de mai, Hoerdt fête ses asperges, au moment où la saison bat son plein dans le Ried. À la mi-mai, les vaches vosgiennes montent de la vallée de Munster vers les chaumes d’estive ; la montée se fait sans grande fête, c’est la descente qu’on célèbre à l’automne. Les deux se lisent dans la fête de la transhumance.

L’été : le messti et les fêtes de village

Le messti, kilbe au sud de Colmar, est la fête annuelle du village, l’anniversaire de la dédicace de son église. Il tombe entre la fin juin et la fin octobre, à un dimanche fixé par chaque commune : le deuxième et le troisième dimanche d’août à Wintzenheim, le dernier dimanche d’août à Hoerdt, souvent le 8 septembre ailleurs. Manèges, bal, marché aux puces, pot-au-feu, et les conscrits de l’année en tête du cortège. Aucun agenda régional ne les recense tous ; les dates s’affichent sur les panneaux d’entrée des villages et sur le site de la mairie, et la page le messti et la kilbe dit comment tomber dessus.

Les grandes fêtes de l’été ont, elles, un week-end attitré. Mi-juillet, Seebach rejoue son mariage au bouquet en Outre-Forêt, cortège en costumes et banquet dans les rues. Un samedi de juillet, Rouffach installe son campement de sorcières au pied du Bollenberg, de 14 h à minuit, en souvenir des procès tenus dans la ville entre 1585 et 1627. Le dernier week-end de juillet, Bergheim fête le gewurztraminer avec des chars et des dégustations. Du dernier vendredi de juillet au lundi suivant, Schiltigheim tient sa fête de la bière, plus de vingt bières des brasseurs de la région et quelque 30 000 visiteurs ; la page la bière d’Alsace dit ce qu’on y boit.

Le deuxième week-end d’août, Sélestat sort ses douze chars couverts d’un demi-million de dahlias pour le Corso fleuri, qui défile de jour puis illuminé, depuis 1929. Les 14 et 15 août, Marlenheim marie l’Ami Fritz, le héros d’Erckmann-Chatrian, sur deux jours de cortège et de vin blanc ; la fête existe depuis 1973.

L’automne : ménétriers, vendanges et choucroute nouvelle

Le premier week-end de septembre, Ribeauvillé célèbre le Pfifferdaj, la fête des ménétriers, la plus ancienne d’Alsace : l’édition 2026 était la 636e. Le samedi soir, retraite aux flambeaux ; le dimanche, cortège historique à 14 h 30 et fontaine qui coule du vin. Un dimanche de la mi-septembre, le troupeau redescend du Gaschney vers Munster, après une marche de dix kilomètres, et le village mange la tourte ; Muhlbach-sur-Munster fête le même retour début octobre.

À la fin septembre, Krautergersheim, qui fournit une bonne part de la choucroute d’Alsace IGP, tient sa fête sur deux week-ends : dîner du samedi, cortège du dimanche, choucroute nouvelle de l’année. Le premier week-end d’octobre, Barr fête les vendanges avec un corso et des puces, et Lapoutroie, dans le pays welche, fête le munster le premier dimanche du mois. C’est aussi la fenêtre du vin nouveau, le moût en fermentation qu’on boit avec une tarte à l’oignon pendant quelques semaines et qui ne se conserve pas.

Le 11 novembre, la Saint-Martin se fête ici et presque nulle part ailleurs en France : les enfants des écoles, surtout des classes bilingues, défilent à la nuit avec des lanternes en papier derrière un cavalier au manteau rouge, en chantant. La date fermait autrefois l’année agricole ; c’était le jour de la dernière foire et celui où l’on tuait le cochon.

L’Avent et Noël : de la Saint-Nicolas au bretzel du Nouvel An

Le Christkindelsmärik de Strasbourg ouvre le dernier vendredi de novembre et ferme un ou deux jours après Noël ; en 2026, du 27 novembre au 27 décembre, chalets ouverts de 11 h à 20 h, 18 h le 24. Il existe depuis 1570 et occupe la place Broglie. Les villages suivent, avec des dates plus courtes et des ouvertures le week-end seulement pour certains : les marchés de Noël des villages les classe selon ce qu’on cherche, et le calendrier d’une saison dit ce qui reste ouvert le 25, le 26 et en janvier.

Le 6 décembre, saint Nicolas passe dans les écoles et les mannele, des bonshommes en pâte briochée, remplissent les vitrines des boulangers. Il est accompagné dans le nord de l’Alsace par Hans Trapp, le croque-mitaine tiré d’un seigneur du XVe siècle, et par le Christkindel, la fée lumineuse qui apporte les cadeaux dans la tradition protestante ; les deux défilent à Wissembourg le dimanche qui précède Noël, à 17 h, feu d’artifice compris. Qui ils sont et d’où ils viennent est dans Saint-Nicolas, Hans Trapp et le Christkindel.

Le sapin lui-même a un acte de naissance à Sélestat : un registre de comptes du 21 décembre 1521, jour de la Saint-Thomas, paie quatre schillings aux gardes forestiers pour surveiller la coupe des arbres dans la forêt communale. La Bibliothèque humaniste le sort chaque décembre ; la page le sapin de Sélestat dit ce que le document contient exactement. Pendant l’Avent, les maisons cuisent les bredele, une quinzaine de familles de petits gâteaux, et le pain d’épices de Gertwiller.

Le 26 décembre est férié. Le 1er janvier, les parrains et marraines offrent à leurs filleuls un bretzel brioché, sucré et glacé au sirop, long parfois d’un mètre et demi ; les boulangers ne le vendent que le 31 décembre et le 1er janvier, parfois le 2. La coutume avait presque disparu, une poignée de boulangers l’ont reprise.

Ce qui change selon le village et selon l’année

Le calendrier n’est pas le même dans un village catholique et dans un village protestant. Les crécelles de la Semaine sainte, les processions, la fête de la dédicace sous sa forme religieuse appartiennent aux paroisses catholiques ; le Christkindel et l’arbre de Noël décoré viennent des villes protestantes du XVIe siècle. Dans le Kochersberg ou l’Outre-Forêt, deux communes voisines peuvent tenir deux calendriers, et les pays d’Alsace dit lesquelles.

Les dates mobiles décalent tout le début de l’année. Quand Pâques tombe fin mars, le carnaval de Mulhouse se joue mi-février et le Schieweschlawe dans la foulée ; quand Pâques tombe fin avril, tout glisse d’un mois. Le messti dépend de chaque commune et ne se déduit d’aucune règle. Les fêtes d’été et d’automne, elles, reviennent au même week-end à un ou deux jours près, et les dates de l’année en cours sont sur les sites des communes dès le printemps.

Par où commencer

Pour un premier séjour, une seule saison suffit, à condition d’en choisir une. Décembre donne le plus de choses à voir en une semaine : Strasbourg, un marché de village le week-end, Wissembourg le dimanche avant Noël, Sélestat pour le document de 1521. Juillet et août donnent une fête chaque week-end, mais chacune dans une commune différente ; on en tient deux en un séjour, pas quatre. Septembre et octobre sont le moment des vendanges, du vin nouveau et de la descente des vaches, et les villages sont moins pleins qu’en décembre.

Pour les objets, un seul lieu montre tout à la fois, l’Écomusée d’Alsace à Ungersheim, avec ses soixante-dix maisons remontées et ses fêtes calendaires rejouées ; le Musée alsacien de Strasbourg, qui faisait la même chose en ville, est fermé pour travaux. La page quand venir en Alsace croise ce calendrier avec la météo, la foule et les prix.