On entend souvent qu’en Alsace la randonnée s’arrête à la Toussaint et reprend en mai, quand la route des Crêtes rouvre. C’est faux pour presque tout le massif. Ce qui ferme du 1er novembre au 30 avril, ce sont quatre sentiers de la réserve du Frankenthal-Missheimle et une route de crête. Les 20 000 km balisés par le Club Vosgien, les châteaux de grès des Vosges du Nord, les crêtes calcaires du Jura alsacien et la forêt du Rhin se marchent toute l’année.
Reste à savoir où aller selon le mois, et quel signe suivre sur les arbres.
Quatre terrains de marche, du grès au calcaire
Les Vosges du Nord occupent le nord du Bas-Rhin, dans un parc naturel régional qui compte 2 600 km d’itinéraires balisés et 35 châteaux forts posés sur des barres de grès. Le point culminant est le Grand Wintersberg, 581 m, à Niederbronn-les-Bains, coiffé d’une tour de 25 m que le Club Vosgien a construite en 1889. C’est un terrain de forêt et de rochers, avec peu de dénivelé, et le GR53 y entre à Wissembourg pour rejoindre le col du Donon.
Les Hautes Vosges, au sud du col de Saverne et surtout dans le Haut-Rhin, portent les sommets : le Grand Ballon à 1 424 m, le Hohneck à 1 363 m, le Petit Ballon à 1 272 m, le Ballon d’Alsace à 1 247 m. On y trouve les chaumes, les cirques glaciaires et leurs lacs, les fermes-auberges, et la neige de décembre à avril au-dessus de 1 000 m. Le GR5 court sur la crête.
Le Jura alsacien ferme le Sundgau au sud, sur 175 km² de calcaire entre l’Ill et la Lucelle. Le point haut est le Raemelsberg, 832 m, à Wolschwiller, atteint par le sentier des Douaniers qui suit la frontière suisse. Le réseau balisé y fait 300 km, avec Ferrette pour point de départ habituel.
La plaine et le Rhin donnent des sentiers plats : le Ried, la forêt rhénane, les réserves naturelles d’Erstein, d’Offendorf, de l’île de Rhinau et du Rohrschollen, la Petite Camargue alsacienne à Saint-Louis, le delta de la Sauer. Ils se parcourent en toute saison, sauf en crue, où les sentiers d’îles sont fermés.
| Terrain | Point haut | Roche | Ce qu’on y marche | Quand |
|---|---|---|---|---|
| Vosges du Nord | Grand Wintersberg, 581 m | grès | forêt, rochers, châteaux, GR53 | toute l’année |
| Hautes Vosges | Grand Ballon, 1 424 m | granite et grès | chaumes, lacs, crêtes, GR5 | mai à octobre à pied, neige de décembre à avril |
| Jura alsacien | Raemelsberg, 832 m | calcaire | crêtes, frontière suisse, Ferrette | toute l’année |
| Plaine et Rhin | quelques mètres au-dessus de l’Ill | alluvions | Ried, forêt rhénane, réserves d’îles | toute l’année sauf crue |
Lire le balisage du Club Vosgien
Le Club Vosgien, fondé à Saverne en 1872, regroupe 130 associations qui entretiennent 20 000 km de sentiers sur l’ensemble du massif. Son balisage ne ressemble pas à celui du reste de la France : des formes géométriques peintes sur les arbres et les rochers, où la forme désigne l’itinéraire et la couleur ne dit rien de la difficulté.
Le rectangle marque les grands parcours qui traversent le massif du nord au sud. Le rectangle rouge est réservé au GR53, de Wissembourg au col de l’Engin, et au GR5 qui prend le relais jusqu’au Ballon d’Alsace. Le losange balise les traversées est-ouest et les sentiers de plus d’une semaine. Un rectangle barré de blanc signale un chemin d’accès vers un sentier principal. Le disque indique une boucle d’une demi-journée ou davantage, l’anneau une boucle de deux à quatre heures. La croix, le triangle et le chevalet servent aux liaisons et aux petits circuits locaux.
Les couleurs, rouge, bleu, vert et jaune, distinguent des itinéraires qui se croisent au même endroit. Un anneau bleu n’est ni plus dur ni plus facile qu’un anneau rouge. À un carrefour, on cherche le même signe qu’avant, quelle que soit la teinte des autres.
Les panneaux directionnels donnent les destinations dans l’ordre où l’on va les rencontrer, avec le temps de marche en heures, et les plaques rondes cerclées de vert donnent le nom du lieu et son altitude. Ces temps sont calculés pour un marcheur moyen sans pause : on les tient rarement avec un enfant ou un sac de bivouac.
Quelle randonnée selon le niveau
Une randonnée facile en Alsace tient sous 300 m de dénivelé et sous trois heures. Le sentier de l’île de Rhinau se fait en 2 h 30 à plat, le tour du lac de Kruth-Wildenstein aussi, la boucle des observatoires de la Petite Camargue de même. En forêt, la cascade du Nideck depuis la maison forestière et le tour du Grand Wintersberg depuis le col de la Liese restent accessibles à qui ne marche pas souvent.
Le niveau moyen, entre 300 et 500 m de dénivelé et de trois à cinq heures, est celui des boucles les plus courues : les trois châteaux de Ribeauvillé font 7 km pour 360 m de montée en trois heures, le tour du Grand Ballon par les chaumes 9 km pour 470 m, la boucle du lac Blanc et du lac Noir 13,6 km pour 460 m en 4 h 30, le Donon depuis le col 5 km pour 265 m. Le Taennchel demande cinq heures pour peu de dénivelé, mais sa descente est mal balisée.
Le niveau soutenu commence au-delà de 800 m de dénivelé ou de six heures : le Hohneck par la vallée de la Wormsa depuis Metzeral, 15 km et 840 m ; les cinq lacs autour du Kastelberg, 18,5 km et 1 000 m en huit heures ; les crêtes de la Schlucht au Grand Ballon par le GR5 ; le sentier des Roches, court mais en corniche non protégée, qui ne se fait qu’entre le 1er mai et le 31 octobre.
| Niveau | Randonnée | Distance | Dénivelé | Durée |
|---|---|---|---|---|
| facile | sentier de l’île de Rhinau | 6 km | 0 m | 2 h 30 |
| facile | Grand Wintersberg depuis le col de la Liese | 12,5 km | 250 m | 3 h |
| moyen | trois châteaux de Ribeauvillé | 7 km | 360 m | 3 h |
| moyen | Donon depuis le col | 5 km | 265 m | 2 h 15 |
| moyen | tour du Grand Ballon par les chaumes | 9 km | 470 m | 3 h 20 |
| moyen | lac Blanc et lac Noir depuis Orbey | 13,6 km | 460 m | 4 h 30 |
| soutenu | Hohneck par la vallée de la Wormsa | 15 km | 840 m | 6 h |
| soutenu | cinq lacs autour du Kastelberg | 18,5 km | 1 000 m | 8 h |
Les durées sont celles des panneaux, sans arrêt. Le lecteur qui hésite entre deux lignes prend celle du dessus.
Ce qui ferme du 1er novembre au 30 avril
Quatre sentiers de la réserve naturelle du Frankenthal-Missheimle sont interdits chaque année du 1er novembre au 30 avril, par arrêté préfectoral du 18 mai 2022 : le sentier des Roches, le sentier des Couloirs, le sentier de la Bloy et le sentier des Hirschsteine. Ce sont les passages en rocher et en corniche du versant est du Hohneck, où la glace tient jusqu’au printemps et où le grand tétras niche. Le GR5 sur la crête et les chemins qui montent par les Trois-Fours ou le col de Falimont restent ouverts.
Un cinquième cas s’ajoute depuis 2024 : le sentier jaune-blanc-jaune du sommet du Klintzkopf, entre le col d’Oberlauchen et l’abri de Lauchen, n’est ouvert que du 1er juillet au 30 novembre, par arrêté du 25 février 2024. Le reste de l’année, on contourne par le rectangle jaune du GR532, et l’infraction coûte jusqu’à 750 €.
La route des Crêtes ferme aux voitures d’Uffholtz au col des Bagenelles de la mi-novembre au début d’avril, la date exacte dépendant de la neige. Les parkings du Grand Ballon, du Markstein et du Hohneck ne sont donc plus accessibles en voiture pendant cette période, et les équipements hiver sont obligatoires sur les routes de montagne du 1er novembre au 31 mars. Ceux qui montent en hiver le font à raquettes ou à ski de fond depuis les stations qui restent ouvertes, ou à pied depuis les vallées.
Rien de tout cela ne touche les Vosges du Nord, le Jura alsacien ni la plaine, où seule la neige au sol décide.
Ce qu’une réserve naturelle interdit
L’Alsace compte huit réserves naturelles nationales : le delta de la Sauer, la forêt d’Offendorf, l’île du Rohrschollen, la forêt d’Erstein, l’île de Rhinau, le Frankenthal-Missheimle, le massif du Ventron et la Petite Camargue alsacienne. Le Tanet-Gazon du Faing, sur la crête, est côté vosgien mais borde les sentiers alsaciens.
Chaque réserve a son décret, et ils ne disent pas la même chose. Au Frankenthal-Missheimle, créé par le décret du 19 octobre 1995 sur 746 ha et neuf cirques glaciaires, les chiens sont interdits, sauf sur le GR5 où ils doivent être tenus en laisse. Le camping et le bivouac y sont interdits, comme la cueillette et le hors-sentier. Au Tanet-Gazon du Faing, 505 ha depuis 1988, le chien est admis en laisse sur les sentiers. Dans les réserves de plaine, les sentiers d’interprétation se ferment en cas de crue et les vélos restent sur les digues.
Hors réserve, dans le parc naturel régional des Ballons des Vosges, le bivouac est toléré pour une nuit, tente montée le soir et pliée au matin, sans feu. Ceux qui traversent sur plusieurs jours trouvent dans les refuges et gîtes d’étape de quoi éviter la question.
Rejoindre un départ sans voiture
La navette des Crêtes relie les vallées aux cols de fin mai à fin septembre : tous les week-ends de juin et de septembre, tous les jours en juillet et en août. Neuf lignes en 2026, dont une ligne sommitale entre le Grand Ballon et le lac Blanc, avec des départs de Colmar, Mulhouse, Thann, Munster et, côté lorrain, de Gérardmer, Remiremont, Épinal et Saint-Dié. Le trajet coûte 4 €, 2 € en tarif réduit, 10 € pour un groupe de deux à cinq personnes, gratuit avant quatre ans. Les chiens montent muselés si l’affluence le permet, les vélos sur réservation, sauf les vélos électriques.
Le train complète la navette : le TER dessert Munster et Metzeral depuis Colmar, Thann et Kruth depuis Mulhouse, Sélestat pour le Haut-Kœnigsbourg et le Taennchel, Niederbronn-les-Bains et Wissembourg pour les Vosges du Nord. Certains dimanches, les journées Col’Attitude ferment les cols aux voitures et les réservent aux marcheurs et aux cyclistes. Les lignes, les horaires et les randonnées faisables depuis un arrêt sont détaillés dans la page randonner dans les Vosges sans voiture.
Par où commencer
Pour une première sortie, une boucle de niveau moyen depuis un village du vignoble est la bonne porte : les trois châteaux de Ribeauvillé ou le mont Sainte-Odile depuis Saint-Nabor partent d’un parking ou d’une gare, montent en forêt, et l’on redescend pour manger. Au nord, le Grand Wintersberg ; au sud, le Raemelsberg ; en plaine, Rhinau.
La carte à emporter est celle du Club Vosgien au 1:25 000, qui reporte ses signes sur le fond IGN. Les fermetures en cours se lisent avant de partir sur le site de la vallée de Munster ou de la réserve concernée. Les chaumes n’ont pas de source : l’eau se prend en bas ou dans une ferme-auberge, qui ouvre de mai à octobre pour la plupart.
Les crêtes viennent ensuite, quand on sait ce que valent quatre heures de panneau. Et la traversée complète par le GR53 et le GR5, de Wissembourg au Ballon d’Alsace, se prépare comme une autre randonnée : par tronçons, avec le train pour revenir.