Les listes de lieux à voir en Alsace se contredisent elles-mêmes. Elles annoncent la région entière, et sur dix noms, neuf tiennent entre Obernai et Colmar, sur quarante kilomètres de vignoble. La région fait 190 km du nord au sud et 50 km d’est en ouest, soit 8 280 km² : la Route des Vins en occupe une bande, et le reste s’appelle autrement. Savoir où aller en Alsace, c’est d’abord connaître ces noms.
Sur place, on raisonne en pays plutôt qu’en départements : l’Outre-Forêt, l’Alsace Bossue, le Kochersberg, le Ried, le Sundgau. Chacun a son paysage, son bâti, sa cuisine et une saison où il vaut plus qu’un autre. Voici comment la région se découpe, du nord au sud, et ce qu’on va chercher dans chaque morceau.
| Pays | Ville-porte | Ce qui le distingue | Quand y aller |
|---|---|---|---|
| Outre-Forêt | Wissembourg | villages blancs à colombages, ligne Maginot, potiers | mi-juillet, automne |
| Vosges du Nord et Alsace Bossue | Saverne, Sarre-Union | châteaux de grès, forêt, collines vers la Sarre | mai à octobre |
| Kochersberg | Truchtersheim | fermes à cour, houblon, tarte flambée | juin à septembre |
| Vignoble | Colmar, Obernai | villages fortifiés, 51 grands crus | vendanges, Avent |
| Plaine et Ried | Sélestat | prairies inondables, bac de Rhinau, Neuf-Brisach | avril à juin |
| Vallées et Hautes Vosges | Munster, Thann | crêtes à 1 400 m, fermes-auberges | juin à octobre, neige l’hiver |
| Sundgau | Altkirch | étangs, carpe frite, Jura alsacien | printemps, automne |
| Trois Frontières | Saint-Louis | Bâle en tram, réserve du Rhin | migrations de printemps et d’automne |
L’Outre-Forêt et l’Alsace du Nord, derrière la forêt de Haguenau
Passé la forêt de Haguenau, la plus grande forêt indivise de France, la route arrive dans un pays de villages alignés le long d’une rue unique, aux maisons à colombages blanches et aux toits qui descendent bas. C’est l’Outre-Forêt, qui se termine à la frontière du Palatinat, à Wissembourg. Hunspach et Seebach en sont les deux villages les plus photographiés ; le premier a gardé ses vitres bombées, et c’est le seul des six villages alsaciens classés Plus Beaux Villages de France à se trouver hors du vignoble ; le second aligne ses fermes à pignon sur bois apparent.
Ce pays a ce que le reste de l’Alsace n’a pas. La ligne Maginot, avec le fort de Schoenenbourg à Hunspach, le plus grand ouvrage visitable de la région. Les poteries de Soufflenheim et de Betschdorf, deux villages voisins qui travaillent deux terres différentes. Et la Maison rurale de l’Outre-Forêt à Kutzenhausen, un corps de ferme du XVIIIe siècle conservé avec ses ateliers ; elle ouvre du mardi au dimanche de mai à septembre, de 11 h à 18 h, et le billet plein tarif vaut 6 €.
La saison, c’est la mi-juillet, quand Seebach sort ses costumes pour sa fête d’été, l’héritière de la Streisselhochzeit, la noce au bouquet. Le reste de l’année, l’Outre-Forêt se visite en une journée depuis Strasbourg, à 65 km de Wissembourg par la D263. Le site consacre une page à l’Outre-Forêt, une autre à Wissembourg et une à chacun des deux villages, Hunspach et Seebach.
Les Vosges du Nord et l’Alsace Bossue, le pays de grès
À l’ouest de Haguenau, le relief monte sans jamais dépasser 581 m, l’altitude du Grand Wintersberg au-dessus de Niederbronn-les-Bains. Ce sont les Vosges du Nord, un massif de grès rose couvert de forêt, protégé par un parc naturel régional reconnu réserve de biosphère par l’UNESCO en 1989, avec le Pfälzerwald allemand qui le prolonge. Le grès a fourni les châteaux : Fleckenstein à Lembach, taillé dans le rocher, Lichtenberg restauré en verre et acier, le Haut-Barr au-dessus de Saverne. Le site les réunit dans sa page sur les châteaux forts d’Alsace.
La Petite-Pierre, village-citadelle qui abrite la Maison du Parc, est le point de départ le plus commode pour marcher. Bouxwiller, au pied du Bastberg, tient le pays de Hanau, une enclave luthérienne entre plaine et montagne.
Derrière la crête, la carte change de couleur. L’Alsace Bossue est le seul morceau d’Alsace situé de l’autre côté des Vosges, tourné vers la Sarre et la Lorraine : des collines ouvertes, des vergers, des villages de pierre plutôt que de bois et une histoire à part, celle de l’ancien comté de Sarrewerden. On y va pour Sarre-Union et son canal, pour le château à douves de Lorentzen où la Grange aux Paysages explique les lieux et pour la villa gallo-romaine du Gurtelbach à Dehlingen, dont le centre d’interprétation montre ce qu’une ferme des Ier au Ve siècles produisait. Strasbourg est à 80 km ; c’est le pays le moins visité de la région, et celui où l’on dort le moins cher. Sa page : l’Alsace Bossue.
Le Kochersberg, le grenier de Strasbourg
Quinze kilomètres à l’ouest de Strasbourg, entre les vallées de la Zorn et de la Bruche, des collines de lœss portent les terres les plus riches d’Alsace. Le Kochersberg se visite pour ses fermes ; il n’a ni château ni vignoble. De grands corps de ferme carrés, fermés sur cour par un porche, avec le colombage peint et la date sur le linteau. C’est là que se voient les plus belles maisons à colombages de plaine, et c’est là qu’est née la coiffe au grand nœud noir que tout le monde prend pour le costume de toute l’Alsace.
Le Kochersberg est aussi le pays du houblon, avec la région de Haguenau, ce qui fait de l’Alsace la première région brassicole de France. Les perches de sept mètres se voient dans les champs de juin à la récolte de fin août. La Maison du Kochersberg, place du Marché à Truchtersheim, raconte tout ça pour 4 €, gratuit pour les moins de seize ans. Et la tarte flambée revendique ce pays comme berceau : les fermes la cuisaient dans le four à pain le jour de la fournée.
On y va pour une soirée tarte flambée, pour dormir près de Strasbourg sans y être et pour la fête du village, le messti, entre juin et septembre. Le site détaille le Kochersberg et les villages autour de Strasbourg où chercher une chambre.
Le vignoble et la Route des Vins, de Marlenheim à Thann
C’est le pays que tout le monde connaît. Le seul, aussi, que les guides décrivent. Sur 170 km, du nord au sud, la Route des Vins suit le pied des Vosges à travers 70 villages viticoles, entre 200 et 400 m d’altitude, là où le soleil du matin frappe le coteau. Obernai, Mittelbergheim, Bergheim, Ribeauvillé, Riquewihr, Kaysersberg, Eguisheim : les villages fortifiés se suivent tous les cinq à dix kilomètres, et cinq des six villages d’Alsace classés parmi les Plus Beaux Villages de France sont ici.
Ce pays se divise lui-même en deux. Le vignoble bas-rhinois, d’Obernai à Sélestat, avec le mont Sainte-Odile au-dessus et le Haut-Kœnigsbourg à la charnière. Et le vignoble haut-rhinois, de Ribeauvillé à Thann, autour de Colmar, où se trouvent la plupart des 51 grands crus.
La saison a deux pics, et les prix des chambres suivent : les vendanges de mi-septembre à mi-octobre, et les marchés de Noël de fin novembre au 24 décembre. Entre janvier et mars, les mêmes villages sont vides et la moitié des caves reçoivent quand même. Le site consacre une page à la Route des Vins en trois jours, une autre à la parcourir sans voiture et une à dormir chez un vigneron.
La plaine et le Ried, entre l’Ill et le Rhin
Entre le vignoble et le fleuve s’étend une plaine plate de 20 à 30 km de large que les routes traversent sans s’arrêter. Elle a pourtant deux pays. Le Grand Ried, entre Sélestat et Rhinau, est une zone humide où l’Ill et les nappes phréatiques affleurent : prairies inondables, forêts rhénanes, villages sur digue, barques à fond plat. On y va au printemps, quand l’eau est haute et que les orchidées sortent, et l’on prend le bac gratuit de Rhinau pour rejoindre l’île de Rhinau et sa réserve naturelle. Plus au nord, le Ried de Hoerdt fournit les asperges d’avril à juin.
Au sud de Colmar, la plaine devient la Hardt, sèche et boisée, avec deux arrêts que rien d’autre ne remplace : Neuf-Brisach, la ville-forteresse octogonale de Vauban classée par l’UNESCO et l’Écomusée d’Alsace à Ungersheim, 70 maisons anciennes remontées sur 100 hectares. Mulhouse ferme la plaine au sud avec ses musées techniques.
Ce pays se parcourt à vélo plutôt qu’en voiture : c’est plat, et les chemins de halage du canal du Rhône au Rhin sont revêtus. Sa page : le Grand Ried.
Les vallées vosgiennes et les Hautes Vosges
À l’ouest du vignoble, six vallées s’enfoncent dans le massif, chacune avec sa ville à l’entrée et ses fermes en haut. Du nord au sud : la Bruche avec Schirmeck et le Donon à 1 009 m, le Val de Villé, le Val d’Argent autour de Sainte-Marie-aux-Mines, la vallée de la Weiss avec Kaysersberg et Orbey, la vallée de Munster, la vallée de la Thur avec Thann et la vallée de la Doller jusqu’au Ballon d’Alsace.
Ce que ces vallées ont en commun, c’est la crête au-dessus : le Grand Ballon à 1 424 m, le Hohneck à 1 363 m, et entre les deux des chaumes, ces pâturages d’altitude où les fermes-auberges servent le repas marcaire. La Route des Crêtes les relie en voiture du col du Bonhomme au Grand Ballon, mais elle ferme chaque hiver à la mi-novembre et rouvre début avril. L’été, la navette des Crêtes évite la voiture.
La vallée de Munster est celle où l’on voit le mieux ce système : le fromage descend des fermes d’altitude, les vaches vosgiennes montent en mai à la transhumance et redescendent en automne. La vallée de la Thur garde le seul terroir volcanique du vignoble, le Rangen, et un train à vapeur jusqu’à Sentheim. Le Val d’Argent a ses mines d’argent du XVIe siècle.
On vient ici de juin à octobre pour marcher, de décembre à mars pour le ski de fond ; entre les deux, les sentiers de corniche sont fermés. Le site rassemble tout ça dans la randonnée en Alsace, et détaille la Route des Crêtes à pied et les fermes-auberges.
Le Sundgau et le Jura alsacien, au sud de Mulhouse
Au sud de Mulhouse, l’Alsace redevient vallonnée sans être montagneuse : des collines, des étangs, des vergers, des villages de colombages à pans peints. C’est le Sundgau, le pays de la carpe frite, servie en filets panés à la semoule dans une vingtaine de restaurants d’Illfurth à Lucelle. Altkirch en est la capitale ; Ferrette, sous son château, ouvre sur le Jura alsacien, la seule partie de l’Alsace qui appartient au massif jurassien, avec ses gorges et sa grotte des Nains. Hirtzbach est le village le plus fleuri.
Bâle est à trente minutes, ce qui fait du Sundgau une base pour visiter la Suisse en dormant en France. Pour une chambre, c’est le coin le moins cher de la région. La saison de la carpe court toute l’année, mais les Carpailles de printemps et les vendanges d’automne sont les deux moments où les étangs se vident. Le site détaille le Sundgau, un week-end sur place et où y dormir.
Les Trois Frontières, entre Rhin et Bâle
Le dernier pays est le plus petit et le plus urbain : la pointe sud de la plaine, coincée entre le Rhin, la frontière allemande et la frontière suisse. Saint-Louis et Huningue font face à Bâle, et la passerelle des Trois Pays, ouverte en 2007, relie Huningue à Weil am Rhein à pied. On y va pour Bâle, à un tram de distance et pour la Petite Camargue alsacienne, la première réserve naturelle d’Alsace, classée en 1982 : quinze kilomètres de bras morts du Rhin, de roselières et d’observatoires à oiseaux, à 30 km au sud de Mulhouse. Le printemps et l’automne sont les saisons des migrations.
Par où commencer
Quelqu’un qui découvre l’Alsace commence par le vignoble haut-rhinois, entre Ribeauvillé et Eguisheim, avec Colmar comme base : c’est là que tiennent les villages fortifiés, le Haut-Kœnigsbourg et l’accès aux vallées. Deux jours suffisent pour comprendre pourquoi les guides s’arrêtent là.
Le troisième jour, on choisit un pays selon ce qu’on est venu chercher. La montagne et les fermes-auberges : la vallée de Munster et le Hohneck. Le calme et un bâti que personne n’a vu en photo : l’Outre-Forêt ou l’Alsace Bossue. L’eau, le vélo et le printemps : le Grand Ried. Les enfants : l’Écomusée et la Cité de l’Automobile à Mulhouse. Le moins cher : le Sundgau. Ceux qui reviennent une deuxième fois vont au nord, et ceux qui reviennent une troisième fois vont dans les vallées. Le site aide à trancher avec combien de jours prévoir, quand venir et comment organiser le séjour.